Rupture conventionnelle, démission ou disponibilité : comment quitter son CDI pour devenir digital nomade
Avant de choisir une destination ou un routeur 4G, il y a une étape que la plupart des guides sur le nomadisme digital survolent complètement : quitter proprement ton CDI. Rupture conventionnelle, démission, disponibilité, portage salarial… chaque option change radicalement ton indemnité, tes droits au chômage et ta trésorerie de départ. Dans cet article, je détaille les mécanismes concrets (montants, conditions, pièges) pour que tu partes avec un vrai matelas financier plutôt qu’avec des regrets.
- Rupture conventionnelle : indemnité légale minimale de 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté (jusqu’à 10 ans), puis 1/3 de mois au-delà, plus l’accès au chômage.
- Chômage (ARE) en voyageant : exportable seulement 3 mois dans l’UE/EEE (formulaire U2) ; hors de cette zone, tu es suspendu ou radié sauf actes de recherche d’emploi réguliers.
- ARCE : jusqu’à 60 % de ton reliquat de droits au chômage versés en capital pour financer ton activité, en 2 fois.
- Portage salarial : un sas pour tester le freelance en gardant le statut salarié et tes cotisations, avant de sauter dans le grand bain.
Rupture conventionnelle, démission ou disponibilité : quelle option avant de partir ?
Trois chemins existent pour quitter un poste salarié, et ils n’ont rien à voir en termes de trésorerie de départ. La rupture conventionnelle est un accord amiable avec ton employeur : tu touches une indemnité et tu ouvres tes droits au chômage. La démission ne donne droit à aucune indemnité légale (hors clause contractuelle) ni au chômage, sauf démission dite « légitime » (rare) ou passage par le dispositif démission-reconversion. La disponibilité ou le congé sabbatique concernent surtout la fonction publique ou certaines conventions collectives : tu gardes ton poste en pointillé, sans revenu, mais avec un droit au retour.
En 2015, quand j’ai quitté mon poste de chef de projet à La Défense après un burn-out, j’ai démissionné dans la foulée d’une réunion de trop, sans même y penser à deux fois. Résultat : zéro indemnité, zéro chômage, et un compte en banque qui a fondu en quatre mois pendant que je cherchais mes premiers clients. Si c’était à refaire, j’aurais négocié une rupture conventionnelle avec mon employeur : dans une boîte où la relation reste correcte, c’est souvent plus simple à obtenir qu’on ne le pense, surtout si ton poste n’est pas remplacé dans la foulée.
La règle pratique : si ta relation avec ton employeur est encore bonne, propose toujours une rupture conventionnelle avant d’envisager la démission. Le pire qu’on puisse te répondre, c’est non.
Rupture conventionnelle : combien touche-t-on réellement ?
L’indemnité légale minimale de rupture conventionnelle suit une formule fixée par le Code du travail (article R1234-2) : 1/4 de mois de salaire brut par année d’ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois par année au-delà de 10 ans. Le salaire de référence est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et celle des 3 derniers mois (avec primes proratisées).
Ce montant est un plancher légal, pas un plafond. Ta convention collective peut prévoir une indemnité conventionnelle plus élevée (c’est souvent le cas dans la banque, l’assurance ou certains grands groupes), et rien n’empêche de négocier au-dessus si l’employeur a intérêt à ce que le départ se passe vite et bien.
| Ancienneté | Indemnité légale minimale | Exemple (salaire brut 3 000 €/mois) |
|---|---|---|
| 2 ans | 1/4 mois × 2 | 1 500 € |
| 5 ans | 1/4 mois × 5 | 3 750 € |
| 10 ans | 1/4 mois × 10 | 7 500 € |
| 15 ans | 1/4 × 10 + 1/3 × 5 | 12 500 € |
Simulateur : calcule ton indemnité légale de rupture conventionnelle
Ce calculateur applique la formule légale minimale (article R1234-2 du Code du travail). Il te donne un plancher réaliste pour préparer ta négociation, pas un montant garanti : vérifie toujours ta convention collective, qui peut être plus favorable.
Peut-on toucher le chômage (ARE) en voyageant ?
C'est le point qui piège le plus de monde. L'Allocation d'Aide au Retour à l'Emploi (ARE) suppose que tu es inscrit à France Travail et disponible pour reprendre un emploi. Or être digital nomad, par définition, c'est ne pas être disponible localement.
Deux cas concrets. Dans l'Union européenne, l'Espace économique européen ou la Suisse, tu peux exporter tes droits pendant 3 mois maximum (renouvelable une fois dans certains cas) via le formulaire U2, à condition d'avoir été inscrit au moins 4 semaines en France et de continuer tes recherches d'emploi dans le pays d'accueil. Hors de cette zone (Asie du Sud-Est, Amérique latine...), il n'existe pas de dispositif d'export : tu dois en principe rester en France ou justifier d'actes positifs de recherche d'emploi réguliers, sous peine de radiation. Beaucoup de nomades continuent malgré tout de percevoir l'ARE en déclarant une adresse en France et en répondant aux convocations à distance, mais c'est une zone grise qui expose à un contrôle et à un remboursement des sommes perçues si France Travail constate que tu résides effectivement à l'étranger.
Le chômage classique est pensé pour un retour rapide à l'emploi salarié en France, pas pour financer un tour du monde. Si ton projet est de voyager plus de 3 mois hors UE, l'ARCE est presque toujours une option plus sûre que l'ARE.
ARCE : transformer ses droits chômage en capital de départ
L'Aide à la Reprise ou à la Création d'Entreprise (ARCE) permet de convertir 60 % du reliquat de tes droits à l'ARE en capital, versé en deux fois : la moitié à la validation de ton dossier, l'autre moitié six mois plus tard si ton activité est toujours en cours. Pour en bénéficier, il faut être éligible à l'ARE et avoir obtenu l'ACRE (l'aide au démarrage pour les créateurs d'entreprise, aujourd'hui intégrée à ta déclaration d'auto-entrepreneur ou de société).
C'est l'option que la plupart des voyageurs entrepreneurs devraient regarder en premier : contrairement à l'ARE, l'ARCE n'exige aucune disponibilité ni recherche d'emploi une fois le capital versé. Tu touches l'argent, tu crées ta structure (micro-entreprise ou société, voir notre comparatif freelance vs solopreneur), et tu es libre de voyager sans justifier ta localisation à France Travail.
Le calcul se fait sur le reliquat de droits restants au moment de la demande (donc idéalement dès la rupture conventionnelle actée, avant d'avoir consommé plusieurs mois d'ARE). C'est un choix binaire et définitif : une fois l'ARCE choisie, impossible de revenir à l'ARE classique pour les droits concernés.
Le portage salarial : un sas avant de sauter dans le grand bain
Si l'idée de couper tous les ponts d'un coup t'angoisse, le portage salarial est une option intermédiaire trop peu citée. Une société de portage facture tes clients à ta place et te reverse un salaire (après cotisations et frais de gestion, généralement 5 à 10 % du chiffre d'affaires facturé), tout en te laissant le statut de salarié : tu cotises pour la retraite, l'assurance chômage et la sécurité sociale comme n'importe quel employé.
C'est une excellente façon de tester des missions freelance à distance sans renoncer immédiatement à la couverture sociale d'un CDI, avant de basculer en micro-entreprise ou en société une fois ton flux de clients stabilisé. L'inconvénient : les frais de gestion rognent ta marge, et certaines missions à faible facturation ne sont pas rentables en portage.
| Option | Indemnité / capital | Droits chômage en voyage | Idéal pour |
|---|---|---|---|
| Rupture conventionnelle + ARE | Indemnité légale ou conventionnelle | 3 mois exportables (UE/EEE) | Séjour court en Europe |
| Rupture conventionnelle + ARCE | Indemnité + 60 % du reliquat en capital | Aucune contrainte de disponibilité | Créer son activité, voyager librement |
| Démission | Aucune (sauf clause contractuelle) | Aucun (sauf démission légitime) | Rupture impossible à négocier |
| Portage salarial | Salaire net après frais de gestion | Cotisations chômage maintenues | Tester le freelance sans tout quitter |
Foire aux questions
Peut-on demander une rupture conventionnelle et partir voyager immédiatement après ?
Oui, dès la fin du délai de rétractation (15 jours calendaires) et l'homologation par la Dreets (autre délai de 15 jours ouvrables), rien ne t'oblige à rester en France. Mais si tu veux percevoir l'ARE, tu dois t'inscrire à France Travail avant de partir et respecter les règles d'export ou de disponibilité vues plus haut.
Peut-on cumuler rupture conventionnelle et ARCE ?
Oui : la rupture conventionnelle ouvre les droits à l'ARE, et c'est justement ce reliquat de droits que tu convertis ensuite en capital via l'ARCE au moment de créer ton activité.
Le portage salarial coûte-t-il cher ?
Compte généralement entre 5 et 10 % de frais de gestion sur le chiffre d'affaires facturé, en plus des cotisations sociales classiques d'un salarié. C'est plus cher qu'une micro-entreprise à long terme, mais ça inclut une couverture sociale complète et zéro démarche administrative.
Faut-il un expert pour négocier sa rupture conventionnelle ?
Ce n'est pas obligatoire, mais un rendez-vous avec un avocat en droit du travail ou un syndicat (souvent gratuit ou à coût symbolique) avant de signer permet de vérifier que l'indemnité proposée respecte au minimum le plancher légal, voire ta convention collective.
La rupture conventionnelle couplée à l'ARCE reste, dans l'immense majorité des cas, le montage le plus solide pour partir avec un vrai capital de départ tout en gardant la liberté de voyager sans contrainte administrative. Avant d'attaquer la suite (la checklist de préparation du départ, le choix du visa nomade ou la fiscalité une fois sur la route), commence par sécuriser cette étape administrative : c'est elle qui déterminera ton matelas financier des six premiers mois.